Le Naxard couché !

Na, Nas, Nax… nasus, nez ?

D’où vient le nom de Nax, que peut-il bien signifier ? C’est une question récurrente sur le « Balcon du ciel. »

L’Armorial valaisan de 1946 nous enseigne que du XIe au XIVe siècle Nax s’écrivait Nas, puis Nax seulement à partir de 1364. Ce qui se vérifie d’ailleurs aisément dans les archives communales qui remontent au XIIIe siècle.

En revanche les toponymistes sont peu clairs et ne s’accordent pas sur l’étymologie de ce mot. Henri Jaccard dans son Essai de toponymie (1906) doute que le mot ait son origine dans nardus, nard, graminée dure et piquante des pâturages de montagne. L’ Armorial valaisan (1946) y voit peut-être le sens de prairie, de terrain humide, comme les nombreux Nayes, Naies, Nais, Neys… que l’on trouve en Suisse romande. Les abbés A. Gaspoz et J.-E. Tamini, dans Essai d’histoire de la vallée d’Hérens (1935), affirment que Nas (Nax), en celtique, signifie pré, prairie, nom qui, selon eux, convient à ce beau plateau verdoyant. Jules Guex, dans Noms de lieux alpins (Les Alpes de 1929 et 1930) penche plutôt pour nez (promontoire rocheux) du latin nasus. 

Qui a raison et que sait-on réellement de la langue celte ? Peu nous importe en fait, Nax pour nez nous convient parfaitement.

Une chose est certaine, en parcourant la route de Nax on découvre son promontoire rocheux qui offre une bien curieuse
 silhouette. (nos photos).
 

 
La nature a sculpté ici le profil d’une belle tête humaine un peu renversée. En partant de droite à gauche, le rocher fait jaillir un front bombé, qui protège quelques sourcils suggérés subtilement par des arbres ; au-dessous d’un nez bourgeonnant, la bouche esquisse un léger sourire, et le menton enfin est bien avancé ; le visage s’achève par une formidable pomme d’Adam.

Cette image, que l’on peut bien voir de maints endroits de la vallée, mais plus particulièrement tout au long de la route Bramois-Nax, n’aurait pas manqué d’inspirer Töpffer ou Dali.

De Tœpffer à Dali

Par un soir pluvieux de l’été 1843, l’écrivain, dessinateur, professeur et pédagogue Rodolphe Töpffer fit une entrée remarquée à Evolène avec sa joyeuse troupe. De ce voyage dans le val d’Hérens, d’une même plume, il a comme pour toutes ses publications tracé à la fois, avec un égal mérite de fidélité et de spirituelle bonhomie, le texte et les croquis. L’album de cette aventure compte quatre pages de texte et 48 planches dont trois de la vallée : la chapelle de La Garde, le pont disparu des Batailles et les pyramides d’Euseigne. C’est le dernier voyage de Töpffer avec ses pensionnaires.

En passant sous Nax, le mauvais temps ne lui a pas permis de remarquer cet exceptionnel rocher. Ce profil singulier lui aurait-il seulement inspiré un nouvel album historié pour un certain Monsieur Pincil, Monsieur Cryptogame, Monsieur Jabot, ou autre Monsieur Crépin ? Le cas échéant, Töpffer n’aurait en tout cas pas manqué d’inclure le « Naxard couché » dans son Essai de physiognomonie, 1845.

Pour Salvador DALI les rochers tourmentés, aux apparences humaines et animales, du Cap de Creus, en Espagne, furent essentiellement un lieu de rêveries, mais aussi d’événements. La géologie si particulière et tellement dramatique du promontoire servit d’inspiration à certaines de ses œuvres.

Nulle doute donc que le « Naxard couché » eût été une fabuleuse source pour le Maître surréaliste, dans la mesure où il « aurait eu 100 ans à Nax en 2004 ». Ici l’on s’est contenté de lui consacrer durant tout l’été l’exposition-anniversaire qui s’est achevée le 28 août.

**** 

Si d’aventure un lecteur pouvait reconnaître dans le profil du « Naxard couché » celui d’un personnage célèbre, peut-être pourrions-nous le débaptiser.

 Le Nouvelliste du 22 septembre 2004
Texte et photos : Jean-Marc Biner